{"id":13653,"date":"2021-12-16T17:31:02","date_gmt":"2021-12-16T16:31:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/event\/mein-bruder\/"},"modified":"2025-03-18T15:01:59","modified_gmt":"2025-03-18T14:01:59","slug":"mein-bruder","status":"publish","type":"event","link":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/event\/mein-bruder\/","title":{"rendered":"Mon fr\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Mon fr\u00e8re Je n&rsquo;\u00e9tais pas encore parti en permission depuis huit jours que j&rsquo;ai re\u00e7u un message t\u00e9l\u00e9graphique : \u00bbLothar est bless\u00e9, sa vie n&rsquo;est pas en danger\u00a0\u00bb. Rien de plus. En se renseignant plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il avait une fois de plus \u00e9t\u00e9 assez imprudent. Il volait avec Allmenr\u00f6der contre l&rsquo;ennemi. C&rsquo;est alors qu&rsquo;il aper\u00e7ut, assez loin en contrebas, un Anglais qui se d\u00e9battait seul. C&rsquo;est le genre d&rsquo;avions d&rsquo;infanterie ennemis qui sont particuli\u00e8rement g\u00eanants pour nos troupes. En tout cas, ils sont tr\u00e8s inqui\u00e9tants. La question est de savoir s&rsquo;ils obtiennent vraiment quelque chose avec leurs bonds en profondeur. Mon fr\u00e8re \u00e9tait \u00e0 environ deux mille m\u00e8tres, l&rsquo;Anglais \u00e0 mille. Il s&rsquo;approche, plonge et le rejoint en quelques secondes. L&rsquo;Anglais pr\u00e9f\u00e9rait \u00e9viter le combat et disparut \u00e9galement en piqu\u00e9 dans les profondeurs. Mon fr\u00e8re, pas paresseux, le suit. Peu importe que ce soit de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 ou chez nous. Une seule pens\u00e9e : il doit descendre. C&rsquo;est naturellement la bonne chose \u00e0 faire. Je le fais aussi de temps en temps. Mais si mon fr\u00e8re ne l&rsquo;a pas fait au moins une fois \u00e0 chaque vol, l&rsquo;entreprise ne lui procure aucun plaisir. Ce n&rsquo;est que tout pr\u00e8s du sol qu&rsquo;il l&rsquo;attrape vraiment bien et peut [164]lui tirer dessus. L&rsquo;Anglais s&rsquo;\u00e9crase verticalement dans le sol. Il ne reste pas grand-chose. Apr\u00e8s un tel combat, surtout \u00e0 basse altitude, o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;est si souvent tourn\u00e9 et retourn\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;on a vol\u00e9 tant\u00f4t \u00e0 droite, tant\u00f4t \u00e0 gauche, le commun des mortels n&rsquo;a plus aucune id\u00e9e de l&rsquo;endroit o\u00f9 il se trouve. Or, ce jour-l\u00e0, il faisait encore un peu brumeux, donc un temps particuli\u00e8rement d\u00e9favorable. Il s&rsquo;est rapidement orient\u00e9 et ce n&rsquo;est que maintenant qu&rsquo;il se rend compte qu&rsquo;il est tout de m\u00eame \u00e0 un bout du front. Il \u00e9tait derri\u00e8re les hauteurs de Vimy. Les hauteurs de Vimy sont environ cent m\u00e8tres plus hautes que le reste de la r\u00e9gion. Mon fr\u00e8re avait disparu derri\u00e8re ces hauteurs de Vimy &#8211; c&rsquo;est en tout cas ce qu&rsquo;affirment les observateurs depuis la Terre. Ce vol de retour, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;on ait atteint sa propre position, ne fait pas partie des sensations les plus agr\u00e9ables que l&rsquo;on puisse imaginer. On ne peut rien faire contre les tirs de l&rsquo;adversaire. Ils ne touchent que rarement. Mon fr\u00e8re s&rsquo;est approch\u00e9 de la ligne. A une altitude aussi basse, on peut entendre chaque coup de feu, on dirait des marrons qui \u00e9clatent sous le feu, quand un fantassin tire. L\u00e0 &#8211; tout \u00e0 coup, il sentit un coup, touch\u00e9. Il s&rsquo;en rendit compte. Il fait partie des gens qui ne peuvent pas voir leur propre sang. Chez un autre [165], cela ne lui fait aucune impression ; du moins moins moins. Mais son propre sang le d\u00e9range. Il le sent couler chaud le long de sa jambe droite, en m\u00eame temps qu&rsquo;une douleur dans la hanche. En bas, on continue \u00e0 se cogner. Il est donc toujours l\u00e0-bas. Enfin, \u00e7a s&rsquo;arr\u00eate si doucement, et il a pass\u00e9 notre front. Mais il doit maintenant se d\u00e9p\u00eacher, car ses forces diminuent \u00e0 vue d&rsquo;\u0153il. Il voit une for\u00eat et une prairie \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Il se dirige donc vers la prairie. Il retire rapidement l&rsquo;allumage, le moteur s&rsquo;arr\u00eate, et au m\u00eame moment, ses forces sont \u00e9puis\u00e9es, la raison l&rsquo;a quitt\u00e9. Il est maintenant tout seul dans son avion, un deuxi\u00e8me ne pouvait donc pas l&rsquo;aider. La mani\u00e8re dont il est descendu sur terre est en fait un miracle. Car aucun avion ne d\u00e9colle ni n&rsquo;atterrit de lui-m\u00eame. On ne l&rsquo;affirme que pour un vieux pigeon \u00e0 Cologne, qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 au d\u00e9collage par un monteur et qui, au moment o\u00f9 le pilote veut s&rsquo;y asseoir, s&rsquo;envole de lui-m\u00eame, fait un virage de lui-m\u00eame et se pose cinq minutes plus tard. C&rsquo;est ce que beaucoup d&rsquo;hommes veulent avoir vu. Je ne l&rsquo;ai pas vu &#8211; mais je suis fermement convaincu que c&rsquo;est vrai. Mon fr\u00e8re, en tout cas, n&rsquo;avait pas un pigeon comme \u00e7a, qui se pose tout seul, mais malgr\u00e9 tout, il ne s&rsquo;\u00e9tait pas fait mal en touchant le sol. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 [166] l&rsquo;h\u00f4pital militaire qu&rsquo;il a retrouv\u00e9 ses esprits. Il a \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 \u00e0 Douai. C&rsquo;est un sentiment tr\u00e8s \u00e9trange pour un fr\u00e8re de voir l&rsquo;autre impliqu\u00e9 dans un combat avec un Anglais. Par exemple, j&rsquo;ai vu une fois Lothar tra\u00eener un peu derri\u00e8re l&rsquo;escadrille et se faire attaquer par un Anglais. Il aurait \u00e9t\u00e9 facile pour lui de refuser le combat. Il n&rsquo;avait qu&rsquo;\u00e0 dispara\u00eetre dans les profondeurs. Mais non, il ne le fait pas ! L&rsquo;id\u00e9e ne lui vient m\u00eame pas \u00e0 l&rsquo;esprit. Il ne conna\u00eet pas la fugue. Par chance, j&rsquo;avais observ\u00e9 cela et j&rsquo;ai fait attention. Je vis alors comment l&rsquo;Anglais, qui \u00e9tait au-dessus de lui, le poussait toujours vers le bas et tirait. Mon fr\u00e8re essaie d&rsquo;atteindre sa hauteur, sans se soucier de savoir s&rsquo;il se fait tirer dessus ou non. Tout \u00e0 coup, l&rsquo;avion se retourne et l&rsquo;appareil peint en rouge tombe \u00e0 la verticale, en tournant sur lui-m\u00eame. Ce n&rsquo;est pas un mouvement voulu, mais une v\u00e9ritable chute. Pour le fr\u00e8re qui regarde, ce n&rsquo;est pas le plus beau des sentiments. Mais j&rsquo;ai d\u00fb m&rsquo;y habituer si doucement, car mon fr\u00e8re s&rsquo;en servait comme d&rsquo;une ruse. Comme il s&rsquo;\u00e9tait rendu compte que l&rsquo;Anglais \u00e9tait au-dessus de lui, il a marqu\u00e9 un coup de feu. L&rsquo;Anglais l&rsquo;a suivi, mon fr\u00e8re s&rsquo;est rattrap\u00e9 et l&rsquo;a d\u00e9pass\u00e9 en le regardant. L&rsquo;avion ennemi n&rsquo;a pas eu le temps de se redresser [167] et de reprendre ses esprits, mon fr\u00e8re \u00e9tait sur sa nuque, et quelques instants plus tard, les flammes ont jailli. Il n&rsquo;y a alors plus rien \u00e0 sauver, l&rsquo;avion s&rsquo;\u00e9crase en flammes. Je me suis d\u00e9j\u00e0 tenu sur terre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9servoir d&rsquo;essence o\u00f9 cent litres ont explos\u00e9 et br\u00fbl\u00e9 en m\u00eame temps. Je ne pouvais pas rester \u00e0 dix pas de l\u00e0, tellement j&rsquo;avais chaud. Et maintenant, il faut s&rsquo;imaginer qu&rsquo;un r\u00e9servoir de cinquante litres explose \u00e0 quelques centim\u00e8tres de vous et que le vent de l&rsquo;h\u00e9lice vous envoie toute cette braise au visage. Je pense que l&rsquo;on est d\u00e9j\u00e0 inconscient au premier moment, et c&rsquo;est en tout cas le plus rapide. Mais il y a quand m\u00eame des signes et des miracles de temps en temps. Par exemple, j&rsquo;ai vu une fois un avion anglais s&rsquo;\u00e9craser en flammes. Les flammes ne jaillissaient qu&rsquo;\u00e0 cinq cents m\u00e8tres d&rsquo;altitude. L&rsquo;avion \u00e9tait en feu. Comme nous rentrons \u00e0 la maison, nous apprenons que l&rsquo;un des occupants a saut\u00e9 d&rsquo;une hauteur de cinquante m\u00e8tres. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;observateur. Cinquante m\u00e8tres de hauteur ! Il faut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la hauteur. Le plus haut clocher de Berlin s&rsquo;en approche \u00e0 peine. Sautez du sommet de cette tour ! Comment peut-on arriver en bas ? La plupart des gens se briseraient le cou s&rsquo;ils sautaient du rez-de-chauss\u00e9e sur\u00e9lev\u00e9 [168]. En tout cas, ce brave \u00ab Franz \u00bb a saut\u00e9 de son avion en feu \u00e0 cinquante m\u00e8tres de hauteur, qui avait d\u00e9j\u00e0 br\u00fbl\u00e9 pendant au moins une minute, et ne s&rsquo;est rien fait d&rsquo;autre qu&rsquo;une fracture lisse de la jambe. Il a m\u00eame fait des d\u00e9clarations juste apr\u00e8s que tout cela lui soit arriv\u00e9, son \u00e9tat psychique n&rsquo;avait donc m\u00eame pas souffert. Une autre fois, j&rsquo;ai abattu un Anglais. Le pilote a re\u00e7u une balle mortelle dans la t\u00eate, l&rsquo;avion s&rsquo;est \u00e9cras\u00e9 sans gouvernail, \u00e0 la verticale, sans se reprendre, \u00e0 trois mille m\u00e8tres de hauteur. Ce n&rsquo;est que quelque temps plus tard que je suis arriv\u00e9 en vol plan\u00e9 et que je n&rsquo;ai vu en bas qu&rsquo;un tas de d\u00e9tritus. A mon grand \u00e9tonnement, j&rsquo;ai appris que l&rsquo;observateur n&rsquo;avait qu&rsquo;une fracture du cr\u00e2ne et que son \u00e9tat n&rsquo;\u00e9tait pas dangereux. La chance doit sourire \u00e0 l&rsquo;homme. Une fois de plus, Boelcke a tir\u00e9 sur un Nieuport. Je l&rsquo;ai vu de mes propres yeux. L&rsquo;avion s&rsquo;est \u00e9cras\u00e9 comme une pierre. Nous nous sommes rendus sur place et avons trouv\u00e9 l&rsquo;avion \u00e0 moiti\u00e9 enterr\u00e9 dans la glaise. L&rsquo;occupant, un pilote de chasse, avait perdu la raison \u00e0 cause d&rsquo;une balle dans le ventre et s&rsquo;\u00e9tait seulement d\u00e9bo\u00eet\u00e9 un bras en touchant le sol. Il n&rsquo;est pas mort. D&rsquo;autre part, il m&rsquo;est arriv\u00e9 \u00e0 nouveau qu&rsquo;un bon ami \u00e0 moi se retrouve dans un trou de cargneule lors d&rsquo;un atterrissage [169] avec une roue. La machine n&rsquo;avait plus du tout de vitesse et se mit tr\u00e8s lentement sur la t\u00eate, se demandant de quel c\u00f4t\u00e9 elle devait basculer, tomba sur le dos &#8211; et le pauvre gars avait la nuque bris\u00e9e. * Mon fr\u00e8re Lothar est lieutenant dans les quatri\u00e8mes dragons, il a fait l&rsquo;\u00e9cole de guerre avant la guerre, est devenu officier d\u00e8s le d\u00e9but et a, comme moi, commenc\u00e9 la guerre comme cavalier. Je ne sais pas quels exploits il a accomplis, car il ne parle jamais de lui. On m&rsquo;a seulement racont\u00e9 l&rsquo;histoire suivante : C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;hiver 1914, son r\u00e9giment \u00e9tait sur la Warta, les Russes de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Personne ne savait s&rsquo;ils avan\u00e7aient ou s&rsquo;ils restaient. Les rives \u00e9taient en partie gel\u00e9es, ce qui rendait le passage difficile. Bien s\u00fbr, il n&rsquo;y avait pas de ponts, les Russes les avaient d\u00e9truits. Mon fr\u00e8re a alors travers\u00e9 \u00e0 la nage, a constat\u00e9 o\u00f9 se trouvaient les Russes et est revenu \u00e0 la nage. Tout cela dans le rude hiver russe, par tant de degr\u00e9s en dessous de z\u00e9ro. Ses v\u00eatements \u00e9taient gel\u00e9s au bout de quelques minutes, et il pr\u00e9tendait qu&rsquo;il faisait tr\u00e8s chaud en dessous. Il a chevauch\u00e9 ainsi toute la journ\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il arrive le soir dans ses quartiers. Ce faisant, il n&rsquo;a pas pris froid. [En hiver 1915, sur mon insistance, il s&rsquo;est mis \u00e0 l&rsquo;aviation et est devenu, comme moi, observateur. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;un an plus tard qu&rsquo;il est devenu pilote d&rsquo;avion. L&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;observateur n&rsquo;est certainement pas mauvaise, surtout pour un pilote de chasse. En mars 1917, il a pass\u00e9 son troisi\u00e8me examen et a imm\u00e9diatement rejoint mon escadron de chasse. Il \u00e9tait donc encore un tout, tout jeune pilote d&rsquo;avion sans id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue, qui ne pensait pas encore \u00e0 un looping et \u00e0 des plaisanteries similaires, mais qui \u00e9tait satisfait s&rsquo;il pouvait atterrir et d\u00e9coller correctement. Au bout de quinze jours, je l&rsquo;ai emmen\u00e9 pour la premi\u00e8re fois contre l&rsquo;ennemi et je lui ai demand\u00e9 de voler juste derri\u00e8re moi pour voir de plus pr\u00e8s ce qui se passait. Apr\u00e8s le troisi\u00e8me vol avec lui, je le vois tout \u00e0 coup se s\u00e9parer de moi et se jeter sur un Anglais pour l&rsquo;abattre. Mon c\u0153ur a saut\u00e9 de joie en voyant cela. Cela m&rsquo;a prouv\u00e9 une fois de plus que le tir n&rsquo;est pas un art. Ce n&rsquo;est que la personnalit\u00e9 ou, pour le dire autrement, les tripes de l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 qui font la chose. Je ne suis donc pas P\u00e9goud, je ne veux pas l&rsquo;\u00eatre, mais seulement soldat, et je fais mon devoir. Quatre semaines plus tard, mon fr\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 abattu vingt Anglais. C&rsquo;est sans doute le seul cas dans toute l&rsquo;aviation o\u00f9 un pilote a abattu son premier adversaire quinze jours apr\u00e8s son [171]troisi\u00e8me examen et vingt quatre semaines apr\u00e8s le premier. Son vingt-deuxi\u00e8me adversaire \u00e9tait le c\u00e9l\u00e8bre capitaine Ball, de loin le meilleur aviateur anglais. Il y a quelques mois, je m&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9 au Major Hawker, tout aussi c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. J&rsquo;\u00e9tais particuli\u00e8rement heureux que ce soit mon fr\u00e8re qui s&rsquo;occupe du deuxi\u00e8me champion d&rsquo;Angleterre. Le capitaine Ball pilotait un triplan et rencontrait mon fr\u00e8re un par un sur le front. Chacun essayait d&rsquo;attraper l&rsquo;autre. Personne ne s&rsquo;est laiss\u00e9 faire. La rencontre fut br\u00e8ve. Toujours en se rapprochant l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Jamais l&rsquo;un ne parvenait \u00e0 s&rsquo;asseoir derri\u00e8re l&rsquo;autre. Soudain, dans le bref instant o\u00f9 ils se sont rapproch\u00e9s, ils ont d\u00e9cid\u00e9 de tirer quelques coups bien plac\u00e9s. Les deux se dirigent l&rsquo;un vers l&rsquo;autre. Les deux tirent. Chacun a un moteur devant lui. Les probabilit\u00e9s de toucher sont tr\u00e8s faibles, la vitesse est deux fois plus \u00e9lev\u00e9e que la normale. En fait, il est peu probable que l&rsquo;un des deux touche. Mon fr\u00e8re, qui \u00e9tait un peu plus bas, avait alors fortement d\u00e9pass\u00e9 sa machine et s&rsquo;est retourn\u00e9, a perdu l&rsquo;\u00e9quilibre et sa machine s&rsquo;est retrouv\u00e9e sans direction pendant quelques instants. Il l&rsquo;a bient\u00f4t r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e, mais il a d\u00fb constater que son adversaire lui avait tir\u00e9 dessus avec ses deux r\u00e9servoirs d&rsquo;essence [172]. Il faut donc atterrir ! Vite, il faut couper le contact, sinon la caisse va br\u00fbler. Mais la pens\u00e9e suivante \u00e9tait : o\u00f9 est mon adversaire ? Au moment du tonneau, il avait vu son adversaire se cabrer et se retourner. Il ne pouvait donc pas \u00eatre trop loin de lui. La pens\u00e9e domine : est-il au-dessus ou au-dessous de moi ? Il n&rsquo;\u00e9tait plus au-dessus, mais il voyait au-dessous de lui le triplan se retourner sans cesse et plonger encore plus bas. Il tomba et tomba, sans se rattraper, jusqu&rsquo;au sol. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il s&rsquo;est \u00e9cras\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait sur notre territoire. Les deux adversaires s&rsquo;\u00e9taient rencontr\u00e9s dans le bref instant de la rencontre avec leurs mitrailleuses fixes. Les deux r\u00e9servoirs d&rsquo;essence de mon fr\u00e8re avaient \u00e9t\u00e9 pulv\u00e9ris\u00e9s et, au m\u00eame moment, le capitaine Ball avait re\u00e7u une balle dans la t\u00eate. Il portait sur lui quelques photographies et coupures de presse de ses provinces d&rsquo;origine, dans lesquelles il \u00e9tait tr\u00e8s acclam\u00e9. Il semblait avoir \u00e9t\u00e9 en cong\u00e9 peu de temps auparavant. Du temps de Boelcke, le capitaine Ball avait d\u00e9truit trente-six appareils allemands. Lui aussi avait trouv\u00e9 un ma\u00eetre. Ou \u00e9tait-ce un hasard si un grand homme comme lui devait \u00e9galement mourir en h\u00e9ros ? Le capitaine Ball \u00e9tait certainement le chef de l&rsquo;escadrille anti-Richthofen, et je pense que l&rsquo;Anglais pr\u00e9f\u00e9rera me capturer. Nous en serions d\u00e9sol\u00e9s, car cela nous priverait de quelques belles occasions o\u00f9 nous pourrions bien harceler les Anglais. Si mon fr\u00e8re n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 le 5 mai, je crois qu&rsquo;il aurait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 en cong\u00e9 \u00e0 mon retour de permission, avec cinquante-deux ans \u00e9galement\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","event-type":[244],"source-language":[259],"source-id-tax":[291],"class_list":["post-13653","event","type-event","status-publish","hentry","event-type-general-event-fr","source-language-allemand-fr","source-id-tax-der-rote-kampfflieger-von-rittmeister-manfred-freiherrn-von-richthofen-1917-351-000-400-000-verlag-ullstein-co-berlin-wien-fr","entry","no-media"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Mon fr\u00e8re - Meet The Red Baron<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/event\/mein-bruder\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Mon fr\u00e8re - 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Rien de plus. En se renseignant plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il s'est av\u00e9r\u00e9 qu'il avait une fois de plus \u00e9t\u00e9 assez imprudent. Il volait avec Allmenr\u00f6der contre l'ennemi. C'est alors qu'il aper\u00e7ut, assez loin en contrebas, un Anglais qui se d\u00e9battait seul. C'est le genre d'avions d'infanterie ennemis qui sont particuli\u00e8rement g\u00eanants pour nos troupes. En tout cas, ils sont tr\u00e8s inqui\u00e9tants. La question est de savoir s'ils obtiennent vraiment quelque chose avec leurs bonds en profondeur. Mon fr\u00e8re \u00e9tait \u00e0 environ deux mille m\u00e8tres, l'Anglais \u00e0 mille. Il s'approche, plonge et le rejoint en quelques secondes. L'Anglais pr\u00e9f\u00e9rait \u00e9viter le combat et disparut \u00e9galement en piqu\u00e9 dans les profondeurs. Mon fr\u00e8re, pas paresseux, le suit. Peu importe que ce soit de l'autre c\u00f4t\u00e9 ou chez nous. Une seule pens\u00e9e : il doit descendre. C'est naturellement la bonne chose \u00e0 faire. Je le fais aussi de temps en temps. Mais si mon fr\u00e8re ne l'a pas fait au moins une fois \u00e0 chaque vol, l'entreprise ne lui procure aucun plaisir. Ce n'est que tout pr\u00e8s du sol qu'il l'attrape vraiment bien et peut [164]lui tirer dessus. L'Anglais s'\u00e9crase verticalement dans le sol. Il ne reste pas grand-chose. Apr\u00e8s un tel combat, surtout \u00e0 basse altitude, o\u00f9 l'on s'est si souvent tourn\u00e9 et retourn\u00e9, o\u00f9 l'on a vol\u00e9 tant\u00f4t \u00e0 droite, tant\u00f4t \u00e0 gauche, le commun des mortels n'a plus aucune id\u00e9e de l'endroit o\u00f9 il se trouve. Or, ce jour-l\u00e0, il faisait encore un peu brumeux, donc un temps particuli\u00e8rement d\u00e9favorable. Il s'est rapidement orient\u00e9 et ce n'est que maintenant qu'il se rend compte qu'il est tout de m\u00eame \u00e0 un bout du front. Il \u00e9tait derri\u00e8re les hauteurs de Vimy. Les hauteurs de Vimy sont environ cent m\u00e8tres plus hautes que le reste de la r\u00e9gion. Mon fr\u00e8re avait disparu derri\u00e8re ces hauteurs de Vimy - c'est en tout cas ce qu'affirment les observateurs depuis la Terre. Ce vol de retour, jusqu'\u00e0 ce que l'on ait atteint sa propre position, ne fait pas partie des sensations les plus agr\u00e9ables que l'on puisse imaginer. On ne peut rien faire contre les tirs de l'adversaire. Ils ne touchent que rarement. Mon fr\u00e8re s'est approch\u00e9 de la ligne. A une altitude aussi basse, on peut entendre chaque coup de feu, on dirait des marrons qui \u00e9clatent sous le feu, quand un fantassin tire. L\u00e0 - tout \u00e0 coup, il sentit un coup, touch\u00e9. Il s'en rendit compte. Il fait partie des gens qui ne peuvent pas voir leur propre sang. Chez un autre [165], cela ne lui fait aucune impression ; du moins moins moins. Mais son propre sang le d\u00e9range. Il le sent couler chaud le long de sa jambe droite, en m\u00eame temps qu'une douleur dans la hanche. En bas, on continue \u00e0 se cogner. Il est donc toujours l\u00e0-bas. Enfin, \u00e7a s'arr\u00eate si doucement, et il a pass\u00e9 notre front. Mais il doit maintenant se d\u00e9p\u00eacher, car ses forces diminuent \u00e0 vue d'\u0153il. Il voit une for\u00eat et une prairie \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Il se dirige donc vers la prairie. Il retire rapidement l'allumage, le moteur s'arr\u00eate, et au m\u00eame moment, ses forces sont \u00e9puis\u00e9es, la raison l'a quitt\u00e9. Il est maintenant tout seul dans son avion, un deuxi\u00e8me ne pouvait donc pas l'aider. La mani\u00e8re dont il est descendu sur terre est en fait un miracle. Car aucun avion ne d\u00e9colle ni n'atterrit de lui-m\u00eame. On ne l'affirme que pour un vieux pigeon \u00e0 Cologne, qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 au d\u00e9collage par un monteur et qui, au moment o\u00f9 le pilote veut s'y asseoir, s'envole de lui-m\u00eame, fait un virage de lui-m\u00eame et se pose cinq minutes plus tard. C'est ce que beaucoup d'hommes veulent avoir vu. Je ne l'ai pas vu - mais je suis fermement convaincu que c'est vrai. Mon fr\u00e8re, en tout cas, n'avait pas un pigeon comme \u00e7a, qui se pose tout seul, mais malgr\u00e9 tout, il ne s'\u00e9tait pas fait mal en touchant le sol. Ce n'est qu'\u00e0 [166] l'h\u00f4pital militaire qu'il a retrouv\u00e9 ses esprits. Il a \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 \u00e0 Douai. C'est un sentiment tr\u00e8s \u00e9trange pour un fr\u00e8re de voir l'autre impliqu\u00e9 dans un combat avec un Anglais. Par exemple, j'ai vu une fois Lothar tra\u00eener un peu derri\u00e8re l'escadrille et se faire attaquer par un Anglais. Il aurait \u00e9t\u00e9 facile pour lui de refuser le combat. Il n'avait qu'\u00e0 dispara\u00eetre dans les profondeurs. Mais non, il ne le fait pas ! L'id\u00e9e ne lui vient m\u00eame pas \u00e0 l'esprit. Il ne conna\u00eet pas la fugue. Par chance, j'avais observ\u00e9 cela et j'ai fait attention. Je vis alors comment l'Anglais, qui \u00e9tait au-dessus de lui, le poussait toujours vers le bas et tirait. Mon fr\u00e8re essaie d'atteindre sa hauteur, sans se soucier de savoir s'il se fait tirer dessus ou non. Tout \u00e0 coup, l'avion se retourne et l'appareil peint en rouge tombe \u00e0 la verticale, en tournant sur lui-m\u00eame. Ce n'est pas un mouvement voulu, mais une v\u00e9ritable chute. Pour le fr\u00e8re qui regarde, ce n'est pas le plus beau des sentiments. Mais j'ai d\u00fb m'y habituer si doucement, car mon fr\u00e8re s'en servait comme d'une ruse. Comme il s'\u00e9tait rendu compte que l'Anglais \u00e9tait au-dessus de lui, il a marqu\u00e9 un coup de feu. L'Anglais l'a suivi, mon fr\u00e8re s'est rattrap\u00e9 et l'a d\u00e9pass\u00e9 en le regardant. L'avion ennemi n'a pas eu le temps de se redresser [167] et de reprendre ses esprits, mon fr\u00e8re \u00e9tait sur sa nuque, et quelques instants plus tard, les flammes ont jailli. Il n'y a alors plus rien \u00e0 sauver, l'avion s'\u00e9crase en flammes. Je me suis d\u00e9j\u00e0 tenu sur terre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d'un r\u00e9servoir d'essence o\u00f9 cent litres ont explos\u00e9 et br\u00fbl\u00e9 en m\u00eame temps. Je ne pouvais pas rester \u00e0 dix pas de l\u00e0, tellement j'avais chaud. Et maintenant, il faut s'imaginer qu'un r\u00e9servoir de cinquante litres explose \u00e0 quelques centim\u00e8tres de vous et que le vent de l'h\u00e9lice vous envoie toute cette braise au visage. Je pense que l'on est d\u00e9j\u00e0 inconscient au premier moment, et c'est en tout cas le plus rapide. Mais il y a quand m\u00eame des signes et des miracles de temps en temps. Par exemple, j'ai vu une fois un avion anglais s'\u00e9craser en flammes. Les flammes ne jaillissaient qu'\u00e0 cinq cents m\u00e8tres d'altitude. L'avion \u00e9tait en feu. Comme nous rentrons \u00e0 la maison, nous apprenons que l'un des occupants a saut\u00e9 d'une hauteur de cinquante m\u00e8tres. C'\u00e9tait l'observateur. Cinquante m\u00e8tres de hauteur ! Il faut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la hauteur. Le plus haut clocher de Berlin s'en approche \u00e0 peine. Sautez du sommet de cette tour ! Comment peut-on arriver en bas ? La plupart des gens se briseraient le cou s'ils sautaient du rez-de-chauss\u00e9e sur\u00e9lev\u00e9 [168]. En tout cas, ce brave \u00ab Franz \u00bb a saut\u00e9 de son avion en feu \u00e0 cinquante m\u00e8tres de hauteur, qui avait d\u00e9j\u00e0 br\u00fbl\u00e9 pendant au moins une minute, et ne s'est rien fait d'autre qu'une fracture lisse de la jambe. Il a m\u00eame fait des d\u00e9clarations juste apr\u00e8s que tout cela lui soit arriv\u00e9, son \u00e9tat psychique n'avait donc m\u00eame pas souffert. Une autre fois, j'ai abattu un Anglais. Le pilote a re\u00e7u une balle mortelle dans la t\u00eate, l'avion s'est \u00e9cras\u00e9 sans gouvernail, \u00e0 la verticale, sans se reprendre, \u00e0 trois mille m\u00e8tres de hauteur. Ce n'est que quelque temps plus tard que je suis arriv\u00e9 en vol plan\u00e9 et que je n'ai vu en bas qu'un tas de d\u00e9tritus. A mon grand \u00e9tonnement, j'ai appris que l'observateur n'avait qu'une fracture du cr\u00e2ne et que son \u00e9tat n'\u00e9tait pas dangereux. La chance doit sourire \u00e0 l'homme. Une fois de plus, Boelcke a tir\u00e9 sur un Nieuport. Je l'ai vu de mes propres yeux. L'avion s'est \u00e9cras\u00e9 comme une pierre. Nous nous sommes rendus sur place et avons trouv\u00e9 l'avion \u00e0 moiti\u00e9 enterr\u00e9 dans la glaise. L'occupant, un pilote de chasse, avait perdu la raison \u00e0 cause d'une balle dans le ventre et s'\u00e9tait seulement d\u00e9bo\u00eet\u00e9 un bras en touchant le sol. Il n'est pas mort. D'autre part, il m'est arriv\u00e9 \u00e0 nouveau qu'un bon ami \u00e0 moi se retrouve dans un trou de cargneule lors d'un atterrissage [169] avec une roue. La machine n'avait plus du tout de vitesse et se mit tr\u00e8s lentement sur la t\u00eate, se demandant de quel c\u00f4t\u00e9 elle devait basculer, tomba sur le dos - et le pauvre gars avait la nuque bris\u00e9e. * Mon fr\u00e8re Lothar est lieutenant dans les quatri\u00e8mes dragons, il a fait l'\u00e9cole de guerre avant la guerre, est devenu officier d\u00e8s le d\u00e9but et a, comme moi, commenc\u00e9 la guerre comme cavalier. Je ne sais pas quels exploits il a accomplis, car il ne parle jamais de lui. On m'a seulement racont\u00e9 l'histoire suivante : C'\u00e9tait l'hiver 1914, son r\u00e9giment \u00e9tait sur la Warta, les Russes de l'autre c\u00f4t\u00e9. Personne ne savait s'ils avan\u00e7aient ou s'ils restaient. Les rives \u00e9taient en partie gel\u00e9es, ce qui rendait le passage difficile. Bien s\u00fbr, il n'y avait pas de ponts, les Russes les avaient d\u00e9truits. Mon fr\u00e8re a alors travers\u00e9 \u00e0 la nage, a constat\u00e9 o\u00f9 se trouvaient les Russes et est revenu \u00e0 la nage. Tout cela dans le rude hiver russe, par tant de degr\u00e9s en dessous de z\u00e9ro. Ses v\u00eatements \u00e9taient gel\u00e9s au bout de quelques minutes, et il pr\u00e9tendait qu'il faisait tr\u00e8s chaud en dessous. Il a chevauch\u00e9 ainsi toute la journ\u00e9e jusqu'\u00e0 ce qu'il arrive le soir dans ses quartiers. Ce faisant, il n'a pas pris froid. [En hiver 1915, sur mon insistance, il s'est mis \u00e0 l'aviation et est devenu, comme moi, observateur. Ce n'est qu'un an plus tard qu'il est devenu pilote d'avion. L'\u00e9cole d'observateur n'est certainement pas mauvaise, surtout pour un pilote de chasse. En mars 1917, il a pass\u00e9 son troisi\u00e8me examen et a imm\u00e9diatement rejoint mon escadron de chasse. Il \u00e9tait donc encore un tout, tout jeune pilote d'avion sans id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue, qui ne pensait pas encore \u00e0 un looping et \u00e0 des plaisanteries similaires, mais qui \u00e9tait satisfait s'il pouvait atterrir et d\u00e9coller correctement. Au bout de quinze jours, je l'ai emmen\u00e9 pour la premi\u00e8re fois contre l'ennemi et je lui ai demand\u00e9 de voler juste derri\u00e8re moi pour voir de plus pr\u00e8s ce qui se passait. Apr\u00e8s le troisi\u00e8me vol avec lui, je le vois tout \u00e0 coup se s\u00e9parer de moi et se jeter sur un Anglais pour l'abattre. Mon c\u0153ur a saut\u00e9 de joie en voyant cela. Cela m'a prouv\u00e9 une fois de plus que le tir n'est pas un art. Ce n'est que la personnalit\u00e9 ou, pour le dire autrement, les tripes de l'int\u00e9ress\u00e9 qui font la chose. Je ne suis donc pas P\u00e9goud, je ne veux pas l'\u00eatre, mais seulement soldat, et je fais mon devoir. Quatre semaines plus tard, mon fr\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 abattu vingt Anglais. C'est sans doute le seul cas dans toute l'aviation o\u00f9 un pilote a abattu son premier adversaire quinze jours apr\u00e8s son [171]troisi\u00e8me examen et vingt quatre semaines apr\u00e8s le premier. Son vingt-deuxi\u00e8me adversaire \u00e9tait le c\u00e9l\u00e8bre capitaine Ball, de loin le meilleur aviateur anglais. Il y a quelques mois, je m'\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9 au Major Hawker, tout aussi c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 l'\u00e9poque. J'\u00e9tais particuli\u00e8rement heureux que ce soit mon fr\u00e8re qui s'occupe du deuxi\u00e8me champion d'Angleterre. Le capitaine Ball pilotait un triplan et rencontrait mon fr\u00e8re un par un sur le front. Chacun essayait d'attraper l'autre. Personne ne s'est laiss\u00e9 faire. La rencontre fut br\u00e8ve. Toujours en se rapprochant l'un de l'autre. Jamais l'un ne parvenait \u00e0 s'asseoir derri\u00e8re l'autre. Soudain, dans le bref instant o\u00f9 ils se sont rapproch\u00e9s, ils ont d\u00e9cid\u00e9 de tirer quelques coups bien plac\u00e9s. Les deux se dirigent l'un vers l'autre. Les deux tirent. Chacun a un moteur devant lui. Les probabilit\u00e9s de toucher sont tr\u00e8s faibles, la vitesse est deux fois plus \u00e9lev\u00e9e que la normale. En fait, il est peu probable que l'un des deux touche. Mon fr\u00e8re, qui \u00e9tait un peu plus bas, avait alors fortement d\u00e9pass\u00e9 sa machine et s'est retourn\u00e9, a perdu l'\u00e9quilibre et sa machine s'est retrouv\u00e9e sans direction pendant quelques instants. Il l'a bient\u00f4t r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e, mais il a d\u00fb constater que son adversaire lui avait tir\u00e9 dessus avec ses deux r\u00e9servoirs d'essence [172]. Il faut donc atterrir ! Vite, il faut couper le contact, sinon la caisse va br\u00fbler. Mais la pens\u00e9e suivante \u00e9tait : o\u00f9 est mon adversaire ? Au moment du tonneau, il avait vu son adversaire se cabrer et se retourner. Il ne pouvait donc pas \u00eatre trop loin de lui. La pens\u00e9e domine : est-il au-dessus ou au-dessous de moi ? Il n'\u00e9tait plus au-dessus, mais il voyait au-dessous de lui le triplan se retourner sans cesse et plonger encore plus bas. Il tomba et tomba, sans se rattraper, jusqu'au sol. C'est l\u00e0 qu'il s'est \u00e9cras\u00e9. C'\u00e9tait sur notre territoire. Les deux adversaires s'\u00e9taient rencontr\u00e9s dans le bref instant de la rencontre avec leurs mitrailleuses fixes. Les deux r\u00e9servoirs d'essence de mon fr\u00e8re avaient \u00e9t\u00e9 pulv\u00e9ris\u00e9s et, au m\u00eame moment, le capitaine Ball avait re\u00e7u une balle dans la t\u00eate. Il portait sur lui quelques photographies et coupures de presse de ses provinces d'origine, dans lesquelles il \u00e9tait tr\u00e8s acclam\u00e9. Il semblait avoir \u00e9t\u00e9 en cong\u00e9 peu de temps auparavant. Du temps de Boelcke, le capitaine Ball avait d\u00e9truit trente-six appareils allemands. Lui aussi avait trouv\u00e9 un ma\u00eetre. Ou \u00e9tait-ce un hasard si un grand homme comme lui devait \u00e9galement mourir en h\u00e9ros ? Le capitaine Ball \u00e9tait certainement le chef de l'escadrille anti-Richthofen, et je pense que l'Anglais pr\u00e9f\u00e9rera me capturer. Nous en serions d\u00e9sol\u00e9s, car cela nous priverait de quelques belles occasions o\u00f9 nous pourrions bien harceler les Anglais. Si mon fr\u00e8re n'avait pas \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 le 5 mai, je crois qu'il aurait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 en cong\u00e9 \u00e0 mon retour de permission, avec cinquante-deux ans \u00e9galement\"."},"event-type-id":{"type":"numeric","raw":"2"},"source-id":{"type":"numeric","raw":"4"},"source-long-in-event":{"type":"textfield","raw":"Der rote Kampfflieger von Rittmeister Manfred Freiherrn von Richthofen, 1917, 351.000 - 400.000, Verlag Ullstein & Co, Berlin-Wien"},"pagenumber":{"type":"textfield","raw":"163"},"airplane-id":{"type":"textfield","raw":""},"combat-id":{"type":"textfield","raw":""},"event-type":{"type":"select","raw":"2"},"source-language":{"type":"select","raw":"2"},"picture":{"type":"image","raw":["https:\/\/www.meettheredbaron.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/329.jpg"],"repeatable":[{"raw":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/329.jpg","attachment_id":10019}]}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/event\/13653","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/event"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/event"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13653"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13653"}],"wp:term":[{"taxonomy":"event-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/event-type?post=13653"},{"taxonomy":"source-language","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/source-language?post=13653"},{"taxonomy":"source-id-tax","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/source-id-tax?post=13653"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}