{"id":13083,"date":"2021-12-16T17:31:09","date_gmt":"2021-12-16T16:31:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/event\/bodenschatz-account-part-1\/"},"modified":"2025-05-19T09:28:39","modified_gmt":"2025-05-19T08:28:39","slug":"bodenschatz-account-part-1","status":"publish","type":"event","link":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/event\/bodenschatz-account-part-1\/","title":{"rendered":"Le t\u00e9moignage de Bodenschatz"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Nous sommes le 21 avril 1918.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le brouillard et la brume grise du sol flottent au-dessus de l&rsquo;a\u00e9rodrome de Cappy. Il y a une odeur de givre et de printemps. Les officiers de l&rsquo;escadrille se tiennent les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, tout habill\u00e9s. Ils sont tous d&rsquo;une humeur \u00e9blouissante. Leurs rires r\u00e9sonnent encore et encore dans le vent d&rsquo;est. Ils ont toutes les raisons d&rsquo;\u00eatre de bonne humeur : les magnifiques succ\u00e8s des derniers jours, la reconnaissance sans r\u00e9serve de leurs sup\u00e9rieurs, leurs rapides triplans qui ont fait leurs preuves, le nouvel a\u00e9rodrome o\u00f9 ils se sentent extr\u00eamement \u00e0 l&rsquo;aise, tout est une fois de plus en grande forme, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur comme \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette fois, c&rsquo;est le Rittmeister qui commande cette bonne humeur. Il renverse soudainement une civi\u00e8re sur laquelle le lieutenant Wenzl s&rsquo;est allong\u00e9 pour faire une bonne sieste et lorsqu&rsquo;un autre terrien fatigu\u00e9 s&rsquo;allonge sans se douter de rien sur la civi\u00e8re libre pour faire une bonne sieste, le Rittmeister renverse \u00e9galement ce jeune homme dans la boue printani\u00e8re. En \u00e9change, certains, d\u00e9sireux de venger cette intervention priv\u00e9e dans le droit de bataille de leurs camarades, fixent un taquet \u00e0 la queue de Moritz, le dogue de Richthofen, de sorte que la cr\u00e9ature offens\u00e9e cherche le r\u00e9confort et la reconnaissance aupr\u00e8s de son ma\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le rire du baron r\u00e9sonne encore et encore sur la place. Ils l&rsquo;ont rarement vu aussi purement et bruyamment joyeux. Et ils savent qu&rsquo;au fond, ce chasseur se r\u00e9jouit \u00e9norm\u00e9ment de son 80e gibier, qu&rsquo;il a tu\u00e9 hier, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;en parle gu\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De plus, dans quelques jours, il partira avec le lieutenant Wolff pour la For\u00eat-Noire, afin d&rsquo;y pratiquer une chasse plus douce. Le p\u00e8re du lieutenant Voss, mort au combat, l&rsquo;a invit\u00e9 chez lui. Deux billets sont d\u00e9j\u00e0 chez l&rsquo;adjudant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout le monde sur l&rsquo;a\u00e9rodrome est tr\u00e8s d&rsquo;accord pour que le commandant se repose un peu ; si c&rsquo;\u00e9tait le tour de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux de grimper dans le wagon-lit au lieu de monter dans le triplan, c&rsquo;\u00e9tait lui. Et il y a encore d&rsquo;autres personnes en dehors du terrain de vol qui sont \u00e9galement tr\u00e8s d&rsquo;accord. Des \u00eatres sup\u00e9rieurs, pour ainsi dire, qui si\u00e8gent m\u00eame au Grand Quartier G\u00e9n\u00e9ral. L\u00e0-bas, on a pu lire avec beaucoup de respect et d&rsquo;estime la vitesse \u00e0 laquelle Richthofen a \u00e9crit sa liste de cibles : les noms de Boelcke et d&rsquo;Immelmann \u00e9taient de durs exemples de ce \u00e0 quoi la voie des meilleurs, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit des meilleurs, doit mener en fin de compte, doit mener en toutes circonstances. C&rsquo;est pourquoi, il y a quelque temps d\u00e9j\u00e0, on avait demand\u00e9 en sous-main au lieutenant Bodenschatz s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas possible de convaincre le Rittmeister, on avait par exemple un tr\u00e8s beau champ d&rsquo;activit\u00e9 pour lui, un poste d&rsquo;inspection pour tous les escadrons de chasse, o\u00f9 il pourrait mettre \u00e0 disposition sa riche exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Rittmeister rit au nez de son aide de camp, qui lui donna une tape sous la main, comme le veut le devoir. \u00ab\u00a0Espion d&rsquo;encre ?&#8230; Non !&#8230; Reste au front !\u00a0\u00bb L&rsquo;affaire \u00e9tait ainsi r\u00e9gl\u00e9e. Mais aller passer quelques jours en For\u00eat-Noire chez le p\u00e8re de son ami Voss, il n&rsquo;avait rien contre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vent d&rsquo;est balaye la place avec plus de violence et ils l\u00e8vent tous la t\u00eate pour renifler. Si cela continue encore un peu, le temps sera bient\u00f4t clair et les seigneurs viendront danser.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vers dix heures et demie, le vent d&rsquo;est a repouss\u00e9 les nuages sur le c\u00f4t\u00e9, le ciel s&rsquo;\u00e9claircit. Les officiers se pr\u00e9cipitent vers les avions. Mais le commandant freine encore un peu et dit qu&rsquo;il faut attendre encore pour le d\u00e9collage, afin que les lords deviennent bien insolents, et qu&rsquo;on les aura d&rsquo;autant plus facilement devant le canon. A ce moment-l\u00e0, un t\u00e9l\u00e9phoniste arrive en courant : quelques Anglais volent sur le front.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En moins de cinq minutes, les premiers triplans ont survol\u00e9 la place. Lentement, le premier-lieutenant Bodenschatz se dirige vers le poste d&rsquo;observation et se colle \u00e0 la lunette \u00e0 ciseaux. Il \u00e9tait environ 11 heures du matin. Il voit les deux cha\u00eenes de l&rsquo;escadron 11 voler vers le front, l&rsquo;une dirig\u00e9e par le lieutenant Wei\u00df, l&rsquo;autre par le commandant. Elles foncent vers l&rsquo;ouest le long de la Somme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis il d\u00e9couvre aussi les seigneurs et il est alors impossible de distinguer l&rsquo;ami de l&rsquo;ennemi. Vers midi, l&rsquo;escadrille arrive \u00e0 nouveau, les avions planent les uns apr\u00e8s les autres et se posent. Soudain, l&rsquo;adjudant est foudroy\u00e9 de haut en bas : il regarde dehors, sur la place. Richthofen n&rsquo;est pas l\u00e0 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un peu inquiet, il crie du haut de son perchoir \u00e0 la rencontre des lieutenants Wenzl et Carius, qui sont sortis et accourent. \u00ab O\u00f9 est Richthofen ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lieutenant Wenzl dit s\u00e8chement : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai un sentiment stupide ; nous \u00e9tions sur le point d&rsquo;arriver et, par-dessus la ligne, 7 Sopwith \u00e0 museau rouge, les anti-Richthofen, ont commenc\u00e9 \u00e0 se battre, ils \u00e9taient plus nombreux et on n&rsquo;a pas pu tirer correctement. Le Rittmeister volait \u00e0 vue et s&rsquo;approchait maintenant avec sa cha\u00eene. Mais d\u00e9j\u00e0 7 \u00e0 8 nouveaux seigneurs descendaient d&rsquo;en haut, il y avait une bataille d&rsquo;armes, tout se m\u00e9langeait, nous nous entra\u00eenions tous les uns les autres un peu plus bas, dans le vent d&rsquo;est nous arrivions de plus en plus au-del\u00e0, nous arr\u00eations le combat et nous nous rendormions au-del\u00e0 des lignes&#8230; j&rsquo;ai un sentiment stupide. En rentrant, j&rsquo;ai vu \u00e0 l&rsquo;est de Corbie une petite machine qui n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0 avant. Je crois que c&rsquo;\u00e9tait un avion rouge\u00a0\u00bb !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant une seconde, les hommes le fixent, puis le capitaine Reinhard, l&rsquo;officier le plus ancien de l&rsquo;escadrille, ordonne imm\u00e9diatement au lieutenant Wenzl, au lieutenant Carius et au lieutenant Wolfram v. Richthofen (cousin du commandant) de pointer et d&rsquo;explorer les environs de Corbie \u00e0 la recherche de l&rsquo;appareil rouge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les trois machines traversent la place \u00e0 toute vitesse et montent en altitude. Ils se perdent en haut en cherchant. Le lieutenant Wenzl fonce obstin\u00e9ment et les dents serr\u00e9es en direction de Corbie, il descend \u00e0 2-300 m et essaie de s&rsquo;approcher de la machine pour d\u00e9terminer son identit\u00e9. Au lieu d&rsquo;une machine, il en voit deux \u00e0 cet endroit. A cette distance, il ne peut rien d\u00e9terminer avec certitude, il faudrait pour cela qu&rsquo;il franchisse les lignes. Il tente de le faire sous une pluie de tirs de mitrailleuses et de DCA, mais des monoplaces anglaises le prennent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 revers. Il s&rsquo;\u00e9chappe malgr\u00e9 tout et se rapproche des \u00e9nigmatiques machines terrestres, quand son appareil se met \u00e0 gazouiller violemment. Derri\u00e8re lui, trois Sopwith arrivent en balayant. Il n&rsquo;y avait plus rien \u00e0 faire, ils l&rsquo;enfoncent de toute fa\u00e7on de plus en plus profond\u00e9ment, c&rsquo;est une chasse \u00e0 l&rsquo;homme. Lorsqu&rsquo;il atteint sa propre ligne, les Anglais l&rsquo;ont rattrap\u00e9 et maintenant il risque le tout pour le tout : \u00e0 20 m de hauteur, il s&rsquo;envole au-dessus du ballon captif allemand qui se trouve l\u00e0 et ensuite le long du sol vers Haufe. Il n&rsquo;y a donc pas de nouveau message.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre-temps, la nouvelle que le commandant n&rsquo;est pas revenu est parvenue jusqu&rsquo;au dernier homme. Les gens se tiennent debout, lugubres. Personne ne parle. A peine le lieutenant Richard Wenzl a-t-il d\u00e9coll\u00e9 que l&rsquo;adjudant a arrach\u00e9 tous les officiers de la protection a\u00e9rienne \u00e0 leurs t\u00e9l\u00e9phones. Aucun d&rsquo;entre eux ne peut faire de rapport. Tous les commandements divisionnaires du secteur sont maintenant alert\u00e9s. Dans une h\u00e2te folle, la m\u00eame phrase revient sans cesse : \u00ab\u00a0L&rsquo;escadrille 11 est revenue d&rsquo;un vol ennemi. Le Rittmeister manque \u00e0 l&rsquo;appel. Les messieurs de l&rsquo;escadron signalent que le Rittmeister est descendu. Un triplan rouge s&rsquo;est-il pos\u00e9 en catastrophe dans votre secteur ? A-t-on observ\u00e9 chez vous, de ce c\u00f4t\u00e9 ou de l&rsquo;autre, un triplan rouge qui s&rsquo;est pos\u00e9 ?\u00a0\u00bb Et aux \u00e9tats-majors d&rsquo;artillerie et d&rsquo;infanterie, tous les buzzers \u00e9l\u00e8vent la voix et demandent : \u00ab\u00a0Trip\u00e8de rouge, trip\u00e8de rouge, trip\u00e8de rouge ? Les receveurs d&rsquo;ordres et les coureurs de messages tr\u00e9buchent \u00e0 travers les tranch\u00e9es de liaison, transmettent par leurs cris et leurs notes : \u00ab\u00a0Trident rouge, trident rouge, trident rouge ? Triplan rouge, triplan rouge, triplan rouge ?&#8230; Chaque minute compte, que Dieu nous vienne en aide. S&rsquo;il a atterri en catastrophe, il faut le secourir imm\u00e9diatement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, apr\u00e8s une \u00e9ternit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent, l&rsquo;officier d&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral de la 1\u00e8re division annonce ce qui suit : L&rsquo;observatoire d&rsquo;artillerie du r\u00e9giment d&rsquo;artillerie de campagne n\u00b0 16, l&rsquo;Oberleutnant Fabian, a observ\u00e9 le combat de mani\u00e8re irr\u00e9prochable depuis Hameln-Est. Le premier-lieutenant Fabian a vu qu&rsquo;un triplan rouge avait atterri en douceur \u00e0 la hauteur 102 au nord de Vaux sur Somme. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s l&rsquo;atterrissage, l&rsquo;infanterie anglaise a accouru et a tir\u00e9 l&rsquo;appareil derri\u00e8re la hauteur. La consternation est d&rsquo;abord immense \u00e0 Cappy, puis tout le monde respire. Le commandant a atterri d&rsquo;urgence, il est donc vivant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le rapport de l&rsquo;Oberleutnant Fabian est imm\u00e9diatement transmis au g\u00e9n\u00e9ral commandant les forces a\u00e9riennes. L&rsquo;adjudant d&rsquo;escadrille demande l&rsquo;autorisation au capitaine Reinhard de se rendre au poste d&rsquo;observation du 16e r\u00e9giment d&rsquo;artillerie de campagne. Peut-\u00eatre&#8230; avec les yeux aiguis\u00e9s d&rsquo;un aviateur&#8230; l&rsquo;adjudant fixe longtemps, longtemps la lunette des ciseaux, avec une pr\u00e9cision m\u00e9ticuleuse, il fouille le terrain presque centim\u00e8tre par centim\u00e8tre, garde la colline 102 longtemps, longtemps dans l&rsquo;objectif, pose de br\u00e8ves questions rapides au premier-lieutenant Fabian&#8230; Sans r\u00e9sultat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A deux heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, l&rsquo;adjudant retourne \u00e0 l&rsquo;a\u00e9rodrome, les yeux br\u00fblants d&rsquo;observation. Quelques officiers d&rsquo;infanterie ont transmis des messages, qui ne contiennent pas un mot de plus que ce que l&rsquo;officier d&rsquo;artillerie Fabian a d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s la fin du temps pendant lequel on aurait pu, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, venir en aide au Rittmeister. Maintenant, on ne peut plus qu&rsquo;esp\u00e9rer qu&rsquo;il a d\u00fb atterrir au-del\u00e0 de nos lignes, au pire bless\u00e9, au mieux non bless\u00e9. Ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois qu&rsquo;il se pose en catastrophe, il s&rsquo;est m\u00eame d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9 sans encombre alors qu&rsquo;il \u00e9tait bless\u00e9. Au central t\u00e9l\u00e9phonique de l&rsquo;escadrille, les demandes se bousculent de tous c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le haut commandement de l&rsquo;arm\u00e9e se d\u00e9cide soudain \u00e0 prendre une mesure exceptionnelle. Le g\u00e9n\u00e9ral fait transmettre par radio une demande \u00e0 l&rsquo;ennemi en langage ouvert. \u00ab Rittmeister von Richthofen d\u00e9barqu\u00e9 de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, demandent des nouvelles du sort \u00bb. Il n&rsquo;y a pas de r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;a\u00e9rodrome de Cappy reste silencieux, \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute, abattu. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, le vent d&rsquo;est se renforce et se refroidit. Ce vent d&rsquo;est trois fois maudit ! Il pousse ce qui ne peut plus s&rsquo;opposer \u00e0 lui vers l&rsquo;ouest, vers la France. Et ceux dont le moteur tombe en panne sont pouss\u00e9s. Peut-\u00eatre que ce vent d&rsquo;est trois fois maudit a pouss\u00e9 le triplan rouge vers l&rsquo;ouest, sans le vent d&rsquo;est, il aurait peut-\u00eatre&#8230; Inutile de r\u00eaver.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vers le soir, il ne reste plus rien d&rsquo;autre \u00e0 faire que d&rsquo;informer le p\u00e8re de Richthofen. Il est maintenant commandant local \u00e0 Kortryk. Le lieutenant Bodenschatz monte dans un avion d&rsquo;observation, prend le chemin le plus court via Douai et Lille, appelle le Major Richthofen depuis l&rsquo;a\u00e9rodrome de Kortryk, demande \u00e0 pouvoir lui rendre visite imm\u00e9diatement. Dans la belle mairie de Kortryk, le vieil homme vient \u00e0 la rencontre de l&rsquo;adjudant, debout, \u00e0 travers la pi\u00e8ce cr\u00e9pusculaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab J&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il est arriv\u00e9 quelque chose \u00e0 Manfred \u00bb, dit-il calmement. Le premier lieutenant reste de marbre, cherchant les yeux du major : \u00ab\u00a0Monsieur le major, je dois vous informer que Monsieur le cavalier n&rsquo;est pas encore rentr\u00e9 d&rsquo;un vol. Mais toutes les enqu\u00eates ont permis d&rsquo;esp\u00e9rer qu&rsquo;il est vivant\u00a0\u00bb. Les hommes se regardent en silence. Qu&rsquo;il est vivant ? Le vieil officier le sait mieux que moi. Et comme perdu dans de profondes pens\u00e9es, il dit lentement : \u00ab Alors il a accompli son devoir supr\u00eame \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsqu&rsquo;ils se quittent, le vieux monsieur retourne dans la p\u00e9nombre de sa chambre, l&rsquo;adjudant a l&rsquo;impression de marcher dans une obscurit\u00e9 profonde. Le soir m\u00eame, le premier-lieutenant arrive \u00e0 nouveau \u00e0 Cappy. Il entend les conversations \u00e0 mi-voix au mess, voit dans la nuit les \u00e9quipages debout sur la place et fixant le ciel \u00e9toil\u00e9, comme si quelqu&rsquo;un qu&rsquo;ils attendaient tant en descendait soudain d&rsquo;un vol plan\u00e9 doux et expliquait tout comme une formidable blague. L&rsquo;adjudant a encore beaucoup de choses \u00e0 faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une d\u00e9p\u00eache est envoy\u00e9e \u00e0 Schweidnitz \u00e0 la m\u00e8re et au fr\u00e8re : \u00ab Manfred n&rsquo;est pas rentr\u00e9 de vol et, d&rsquo;apr\u00e8s les rapports re\u00e7us, il a probablement atterri sans blessure au-del\u00e0 des lignes \u00bb. Le capitaine Reinhard ne cesse d&rsquo;aller et venir, et sursaute lorsque l&rsquo;adjudant, \u00e9puis\u00e9, se jette dans un fauteuil, se rel\u00e8ve soudain et sort de l&rsquo;armoire secr\u00e8te la cassette en fer. Il l&rsquo;ouvre et en sort une enveloppe de service grise, ferm\u00e9e par les sceaux de l&rsquo;escadre. Le moment est venu. Il a d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;heure, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du Cateau. Il ouvre l&rsquo;enveloppe. Il y a \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur un petit papier qui n&rsquo;est plus tr\u00e8s propre, l&rsquo;adjudant le parcourt et le tend au capitaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De la main de Richthofen, \u00e9crit au crayon, il y a une phrase : \u00ab\u00a0le 10. 3. 18. Si je ne reviens pas, l&rsquo;Oberleutnant Reinhard (Jasta 6) doit prendre le commandement de l&rsquo;escadrille. Frhr. v. Richthofen Rittm.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est tout son testament et tout son h\u00e9ritage. Il ne concerne que son escadron. Un v\u00e9ritable h\u00e9ritage de soldat. Il ne contient rien qui concerne son existence personnelle. Il ne contient rien qui concerne ses soucis personnels, rien qui doive \u00eatre r\u00e9gl\u00e9 dans sa vie priv\u00e9e. Pas de regard en arri\u00e8re, vers la m\u00e8re, le p\u00e8re, les fr\u00e8res. Il n&rsquo;y a rien \u00e0 r\u00e9gler dans sa vie priv\u00e9e. Il n&rsquo;avait pas de vie priv\u00e9e. Sa vie appartenait \u00e0 la patrie, sans circonstances, sans r\u00e9serves, sans \u00e9gards. Sa vie appartenait \u00e0 l&rsquo;escadron. Libre et sans aucune contrainte, il s&rsquo;\u00e9levait \u00e0 chaque vol. Il avait veill\u00e9 \u00e0 ce que son escadron tombe entre de bonnes mains lorsque le sort l&rsquo;avait frapp\u00e9. Et il n&rsquo;avait pas besoin de plus d&rsquo;attention.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais l&rsquo;Oberleutnant Reinhard, devenu entre-temps capitaine, et l&rsquo;Oberleutnant Bodenschatz ne peuvent pas s&rsquo;imaginer que cette modeste note soit d\u00e9sormais valable. Het is gewoon niet mogelijk dat Manfred von Richthofen het slachtoffer is geworden van dezelfde genadeloze oorlogswet waaraan alle mannen die ten strijde trokken vroeg of laat bezweken. Er zijn uitzonderingen, bleven ze denken. En toch was hij een uitzondering. Hij die zo verwend was door de god van de strijd, zo gedecoreerd, zo beschermd, kan niet zomaar van het ene uur op het andere door diezelfde god van de strijd in de steek gelaten worden, verraden en verkocht. Hij moet nog ergens in leven zijn.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet espoir, auquel s&rsquo;adonne non seulement l&rsquo;escadron de chasse I, mais aussi toute l&rsquo;arm\u00e9e allemande, trouve un nouvel aliment dans une \u00e9trange transmission radio ennemie qui a \u00e9t\u00e9 capt\u00e9e, mais soudain brouill\u00e9e. On pouvait entendre \u00e0 peu pr\u00e8s : \u00ab &#8230;le c\u00e9l\u00e8bre pilote de chasse allemand Rittmeister von Richthofen a \u00e9t\u00e9 abattu pr\u00e8s de Corbie et, apr\u00e8s avoir atterri, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par les troupes australiennes&#8230; \u00bb. Le message radio s&rsquo;interrompit ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On se trouvait devant une \u00e9nigme et on commen\u00e7ait \u00e0 se m\u00e9fier un peu. Pourquoi l&rsquo;ennemi se taisait-il, pourquoi n&rsquo;annon\u00e7ait-il pas imm\u00e9diatement au monde entier, ce dont il n&rsquo;\u00e9tait pas g\u00ean\u00e9 dans d&rsquo;autres cas, qu&rsquo;il avait r\u00e9ussi un si grand coup ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;ordre a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d&rsquo;interroger en d\u00e9tail chaque Anglais captur\u00e9. Mais les aviateurs anglais faits prisonniers par les Allemands savaient seulement que le Rittmeister \u00e9tait mort, d&rsquo;autres d\u00e9claraient qu&rsquo;un aviateur allemand, dont le nom n&rsquo;\u00e9tait pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9, avait \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 gravement bless\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;Amiens. Dans de telles circonstances, tout espoir s&rsquo;amenuise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des rumeurs et des suppositions apparaissent, et ces rumeurs sont parfois am\u00e8res, certains disent m\u00eame que Richthofen a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par des soldats australiens\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","event-type":[241],"source-language":[259],"source-id-tax":[283],"class_list":["post-13083","event","type-event","status-publish","hentry","event-type-anecdote-fr-2","source-language-allemand-fr","source-id-tax-bodenschatz-jagd-in-flanderns-himmel-fr","entry","no-media"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Le t\u00e9moignage de Bodenschatz - Meet The Red Baron<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/event\/bodenschatz-account-part-1\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le t\u00e9moignage de Bodenschatz - 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Il y a une odeur de givre et de printemps. Les officiers de l'escadrille se tiennent les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, tout habill\u00e9s. Ils sont tous d'une humeur \u00e9blouissante. Leurs rires r\u00e9sonnent encore et encore dans le vent d'est. Ils ont toutes les raisons d'\u00eatre de bonne humeur : les magnifiques succ\u00e8s des derniers jours, la reconnaissance sans r\u00e9serve de leurs sup\u00e9rieurs, leurs rapides triplans qui ont fait leurs preuves, le nouvel a\u00e9rodrome o\u00f9 ils se sentent extr\u00eamement \u00e0 l'aise, tout est une fois de plus en grande forme, \u00e0 l'int\u00e9rieur comme \u00e0 l'ext\u00e9rieur.\r\n\r\nCette fois, c'est le Rittmeister qui commande cette bonne humeur. Il renverse soudainement une civi\u00e8re sur laquelle le lieutenant Wenzl s'est allong\u00e9 pour faire une bonne sieste et lorsqu'un autre terrien fatigu\u00e9 s'allonge sans se douter de rien sur la civi\u00e8re libre pour faire une bonne sieste, le Rittmeister renverse \u00e9galement ce jeune homme dans la boue printani\u00e8re. En \u00e9change, certains, d\u00e9sireux de venger cette intervention priv\u00e9e dans le droit de bataille de leurs camarades, fixent un taquet \u00e0 la queue de Moritz, le dogue de Richthofen, de sorte que la cr\u00e9ature offens\u00e9e cherche le r\u00e9confort et la reconnaissance aupr\u00e8s de son ma\u00eetre.\r\n\r\nLe rire du baron r\u00e9sonne encore et encore sur la place. Ils l'ont rarement vu aussi purement et bruyamment joyeux. Et ils savent qu'au fond, ce chasseur se r\u00e9jouit \u00e9norm\u00e9ment de son 80e gibier, qu'il a tu\u00e9 hier, m\u00eame s'il n'en parle gu\u00e8re.\r\n\r\nDe plus, dans quelques jours, il partira avec le lieutenant Wolff pour la For\u00eat-Noire, afin d'y pratiquer une chasse plus douce. Le p\u00e8re du lieutenant Voss, mort au combat, l'a invit\u00e9 chez lui. Deux billets sont d\u00e9j\u00e0 chez l'adjudant.\r\n\r\nTout le monde sur l'a\u00e9rodrome est tr\u00e8s d'accord pour que le commandant se repose un peu ; si c'\u00e9tait le tour de l'un d'entre eux de grimper dans le wagon-lit au lieu de monter dans le triplan, c'\u00e9tait lui. Et il y a encore d'autres personnes en dehors du terrain de vol qui sont \u00e9galement tr\u00e8s d'accord. Des \u00eatres sup\u00e9rieurs, pour ainsi dire, qui si\u00e8gent m\u00eame au Grand Quartier G\u00e9n\u00e9ral. L\u00e0-bas, on a pu lire avec beaucoup de respect et d'estime la vitesse \u00e0 laquelle Richthofen a \u00e9crit sa liste de cibles : les noms de Boelcke et d'Immelmann \u00e9taient de durs exemples de ce \u00e0 quoi la voie des meilleurs, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu'il s'agit des meilleurs, doit mener en fin de compte, doit mener en toutes circonstances. C'est pourquoi, il y a quelque temps d\u00e9j\u00e0, on avait demand\u00e9 en sous-main au lieutenant Bodenschatz s'il n'\u00e9tait pas possible de convaincre le Rittmeister, on avait par exemple un tr\u00e8s beau champ d'activit\u00e9 pour lui, un poste d'inspection pour tous les escadrons de chasse, o\u00f9 il pourrait mettre \u00e0 disposition sa riche exp\u00e9rience.\r\n\r\nLe Rittmeister rit au nez de son aide de camp, qui lui donna une tape sous la main, comme le veut le devoir. \"Espion d'encre ?... Non !... Reste au front !\" L'affaire \u00e9tait ainsi r\u00e9gl\u00e9e. Mais aller passer quelques jours en For\u00eat-Noire chez le p\u00e8re de son ami Voss, il n'avait rien contre.\r\n\r\nLe vent d'est balaye la place avec plus de violence et ils l\u00e8vent tous la t\u00eate pour renifler. Si cela continue encore un peu, le temps sera bient\u00f4t clair et les seigneurs viendront danser.\r\n\r\nVers dix heures et demie, le vent d'est a repouss\u00e9 les nuages sur le c\u00f4t\u00e9, le ciel s'\u00e9claircit. Les officiers se pr\u00e9cipitent vers les avions. Mais le commandant freine encore un peu et dit qu'il faut attendre encore pour le d\u00e9collage, afin que les lords deviennent bien insolents, et qu'on les aura d'autant plus facilement devant le canon. A ce moment-l\u00e0, un t\u00e9l\u00e9phoniste arrive en courant : quelques Anglais volent sur le front.\r\n\r\nEn moins de cinq minutes, les premiers triplans ont survol\u00e9 la place. Lentement, le premier-lieutenant Bodenschatz se dirige vers le poste d'observation et se colle \u00e0 la lunette \u00e0 ciseaux. Il \u00e9tait environ 11 heures du matin. Il voit les deux cha\u00eenes de l'escadron 11 voler vers le front, l'une dirig\u00e9e par le lieutenant Wei\u00df, l'autre par le commandant. Elles foncent vers l'ouest le long de la Somme.\r\n\r\nPuis il d\u00e9couvre aussi les seigneurs et il est alors impossible de distinguer l'ami de l'ennemi. Vers midi, l'escadrille arrive \u00e0 nouveau, les avions planent les uns apr\u00e8s les autres et se posent. Soudain, l'adjudant est foudroy\u00e9 de haut en bas : il regarde dehors, sur la place. Richthofen n'est pas l\u00e0 !\r\n\r\nUn peu inquiet, il crie du haut de son perchoir \u00e0 la rencontre des lieutenants Wenzl et Carius, qui sont sortis et accourent. \u00ab O\u00f9 est Richthofen ? \u00bb\r\n\r\nLe lieutenant Wenzl dit s\u00e8chement : \"J'ai un sentiment stupide ; nous \u00e9tions sur le point d'arriver et, par-dessus la ligne, 7 Sopwith \u00e0 museau rouge, les anti-Richthofen, ont commenc\u00e9 \u00e0 se battre, ils \u00e9taient plus nombreux et on n'a pas pu tirer correctement. Le Rittmeister volait \u00e0 vue et s'approchait maintenant avec sa cha\u00eene. Mais d\u00e9j\u00e0 7 \u00e0 8 nouveaux seigneurs descendaient d'en haut, il y avait une bataille d'armes, tout se m\u00e9langeait, nous nous entra\u00eenions tous les uns les autres un peu plus bas, dans le vent d'est nous arrivions de plus en plus au-del\u00e0, nous arr\u00eations le combat et nous nous rendormions au-del\u00e0 des lignes... j'ai un sentiment stupide. En rentrant, j'ai vu \u00e0 l'est de Corbie une petite machine qui n'\u00e9tait pas l\u00e0 avant. Je crois que c'\u00e9tait un avion rouge\" !\r\n\r\nPendant une seconde, les hommes le fixent, puis le capitaine Reinhard, l'officier le plus ancien de l'escadrille, ordonne imm\u00e9diatement au lieutenant Wenzl, au lieutenant Carius et au lieutenant Wolfram v. Richthofen (cousin du commandant) de pointer et d'explorer les environs de Corbie \u00e0 la recherche de l'appareil rouge.\r\n\r\nLes trois machines traversent la place \u00e0 toute vitesse et montent en altitude. Ils se perdent en haut en cherchant. Le lieutenant Wenzl fonce obstin\u00e9ment et les dents serr\u00e9es en direction de Corbie, il descend \u00e0 2-300 m et essaie de s'approcher de la machine pour d\u00e9terminer son identit\u00e9. Au lieu d'une machine, il en voit deux \u00e0 cet endroit. A cette distance, il ne peut rien d\u00e9terminer avec certitude, il faudrait pour cela qu'il franchisse les lignes. Il tente de le faire sous une pluie de tirs de mitrailleuses et de DCA, mais des monoplaces anglaises le prennent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 revers. Il s'\u00e9chappe malgr\u00e9 tout et se rapproche des \u00e9nigmatiques machines terrestres, quand son appareil se met \u00e0 gazouiller violemment. Derri\u00e8re lui, trois Sopwith arrivent en balayant. Il n'y avait plus rien \u00e0 faire, ils l'enfoncent de toute fa\u00e7on de plus en plus profond\u00e9ment, c'est une chasse \u00e0 l'homme. Lorsqu'il atteint sa propre ligne, les Anglais l'ont rattrap\u00e9 et maintenant il risque le tout pour le tout : \u00e0 20 m de hauteur, il s'envole au-dessus du ballon captif allemand qui se trouve l\u00e0 et ensuite le long du sol vers Haufe. Il n'y a donc pas de nouveau message.\r\n\r\nEntre-temps, la nouvelle que le commandant n'est pas revenu est parvenue jusqu'au dernier homme. Les gens se tiennent debout, lugubres. Personne ne parle. A peine le lieutenant Richard Wenzl a-t-il d\u00e9coll\u00e9 que l'adjudant a arrach\u00e9 tous les officiers de la protection a\u00e9rienne \u00e0 leurs t\u00e9l\u00e9phones. Aucun d'entre eux ne peut faire de rapport. Tous les commandements divisionnaires du secteur sont maintenant alert\u00e9s. Dans une h\u00e2te folle, la m\u00eame phrase revient sans cesse : \"L'escadrille 11 est revenue d'un vol ennemi. Le Rittmeister manque \u00e0 l'appel. Les messieurs de l'escadron signalent que le Rittmeister est descendu. Un triplan rouge s'est-il pos\u00e9 en catastrophe dans votre secteur ? A-t-on observ\u00e9 chez vous, de ce c\u00f4t\u00e9 ou de l'autre, un triplan rouge qui s'est pos\u00e9 ?\" Et aux \u00e9tats-majors d'artillerie et d'infanterie, tous les buzzers \u00e9l\u00e8vent la voix et demandent : \"Trip\u00e8de rouge, trip\u00e8de rouge, trip\u00e8de rouge ? Les receveurs d'ordres et les coureurs de messages tr\u00e9buchent \u00e0 travers les tranch\u00e9es de liaison, transmettent par leurs cris et leurs notes : \"Trident rouge, trident rouge, trident rouge ? Triplan rouge, triplan rouge, triplan rouge ?... Chaque minute compte, que Dieu nous vienne en aide. S'il a atterri en catastrophe, il faut le secourir imm\u00e9diatement.\r\n\r\nEnfin, apr\u00e8s une \u00e9ternit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent, l'officier d'\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral de la 1\u00e8re division annonce ce qui suit : L'observatoire d'artillerie du r\u00e9giment d'artillerie de campagne n\u00b0 16, l'Oberleutnant Fabian, a observ\u00e9 le combat de mani\u00e8re irr\u00e9prochable depuis Hameln-Est. Le premier-lieutenant Fabian a vu qu'un triplan rouge avait atterri en douceur \u00e0 la hauteur 102 au nord de Vaux sur Somme. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s l'atterrissage, l'infanterie anglaise a accouru et a tir\u00e9 l'appareil derri\u00e8re la hauteur. La consternation est d'abord immense \u00e0 Cappy, puis tout le monde respire. Le commandant a atterri d'urgence, il est donc vivant.\r\n\r\nLe rapport de l'Oberleutnant Fabian est imm\u00e9diatement transmis au g\u00e9n\u00e9ral commandant les forces a\u00e9riennes. L'adjudant d'escadrille demande l'autorisation au capitaine Reinhard de se rendre au poste d'observation du 16e r\u00e9giment d'artillerie de campagne. Peut-\u00eatre... avec les yeux aiguis\u00e9s d'un aviateur... l'adjudant fixe longtemps, longtemps la lunette des ciseaux, avec une pr\u00e9cision m\u00e9ticuleuse, il fouille le terrain presque centim\u00e8tre par centim\u00e8tre, garde la colline 102 longtemps, longtemps dans l'objectif, pose de br\u00e8ves questions rapides au premier-lieutenant Fabian... Sans r\u00e9sultat.\r\n\r\nA deux heures de l'apr\u00e8s-midi, l'adjudant retourne \u00e0 l'a\u00e9rodrome, les yeux br\u00fblants d'observation. Quelques officiers d'infanterie ont transmis des messages, qui ne contiennent pas un mot de plus que ce que l'officier d'artillerie Fabian a d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9.\r\n\r\nC'est \u00e0 peu pr\u00e8s la fin du temps pendant lequel on aurait pu, d'une mani\u00e8re ou d'une autre, venir en aide au Rittmeister. Maintenant, on ne peut plus qu'esp\u00e9rer qu'il a d\u00fb atterrir au-del\u00e0 de nos lignes, au pire bless\u00e9, au mieux non bless\u00e9. Ce n'est pas la premi\u00e8re fois qu'il se pose en catastrophe, il s'est m\u00eame d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9 sans encombre alors qu'il \u00e9tait bless\u00e9. Au central t\u00e9l\u00e9phonique de l'escadrille, les demandes se bousculent de tous c\u00f4t\u00e9s.\r\n\r\nLe haut commandement de l'arm\u00e9e se d\u00e9cide soudain \u00e0 prendre une mesure exceptionnelle. Le g\u00e9n\u00e9ral fait transmettre par radio une demande \u00e0 l'ennemi en langage ouvert. \u00ab Rittmeister von Richthofen d\u00e9barqu\u00e9 de l'autre c\u00f4t\u00e9, demandent des nouvelles du sort \u00bb. Il n'y a pas de r\u00e9ponse.\r\n\r\nL'a\u00e9rodrome de Cappy reste silencieux, \u00e0 l'\u00e9coute, abattu. L'apr\u00e8s-midi, le vent d'est se renforce et se refroidit. Ce vent d'est trois fois maudit ! Il pousse ce qui ne peut plus s'opposer \u00e0 lui vers l'ouest, vers la France. Et ceux dont le moteur tombe en panne sont pouss\u00e9s. Peut-\u00eatre que ce vent d'est trois fois maudit a pouss\u00e9 le triplan rouge vers l'ouest, sans le vent d'est, il aurait peut-\u00eatre... Inutile de r\u00eaver.\r\n\r\nVers le soir, il ne reste plus rien d'autre \u00e0 faire que d'informer le p\u00e8re de Richthofen. Il est maintenant commandant local \u00e0 Kortryk. Le lieutenant Bodenschatz monte dans un avion d'observation, prend le chemin le plus court via Douai et Lille, appelle le Major Richthofen depuis l'a\u00e9rodrome de Kortryk, demande \u00e0 pouvoir lui rendre visite imm\u00e9diatement. Dans la belle mairie de Kortryk, le vieil homme vient \u00e0 la rencontre de l'adjudant, debout, \u00e0 travers la pi\u00e8ce cr\u00e9pusculaire.\r\n\r\n\u00ab J'ai l'impression qu'il est arriv\u00e9 quelque chose \u00e0 Manfred \u00bb, dit-il calmement. Le premier lieutenant reste de marbre, cherchant les yeux du major : \"Monsieur le major, je dois vous informer que Monsieur le cavalier n'est pas encore rentr\u00e9 d'un vol. Mais toutes les enqu\u00eates ont permis d'esp\u00e9rer qu'il est vivant\". Les hommes se regardent en silence. Qu'il est vivant ? Le vieil officier le sait mieux que moi. Et comme perdu dans de profondes pens\u00e9es, il dit lentement : \u00ab Alors il a accompli son devoir supr\u00eame \u00bb.\r\n\r\nLorsqu'ils se quittent, le vieux monsieur retourne dans la p\u00e9nombre de sa chambre, l'adjudant a l'impression de marcher dans une obscurit\u00e9 profonde. Le soir m\u00eame, le premier-lieutenant arrive \u00e0 nouveau \u00e0 Cappy. Il entend les conversations \u00e0 mi-voix au mess, voit dans la nuit les \u00e9quipages debout sur la place et fixant le ciel \u00e9toil\u00e9, comme si quelqu'un qu'ils attendaient tant en descendait soudain d'un vol plan\u00e9 doux et expliquait tout comme une formidable blague. L'adjudant a encore beaucoup de choses \u00e0 faire.\r\n\r\nUne d\u00e9p\u00eache est envoy\u00e9e \u00e0 Schweidnitz \u00e0 la m\u00e8re et au fr\u00e8re : \u00ab Manfred n'est pas rentr\u00e9 de vol et, d'apr\u00e8s les rapports re\u00e7us, il a probablement atterri sans blessure au-del\u00e0 des lignes \u00bb. Le capitaine Reinhard ne cesse d'aller et venir, et sursaute lorsque l'adjudant, \u00e9puis\u00e9, se jette dans un fauteuil, se rel\u00e8ve soudain et sort de l'armoire secr\u00e8te la cassette en fer. Il l'ouvre et en sort une enveloppe de service grise, ferm\u00e9e par les sceaux de l'escadre. Le moment est venu. Il a d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9 que c'\u00e9tait l'heure, \u00e0 l'\u00e9poque du Cateau. Il ouvre l'enveloppe. Il y a \u00e0 l'int\u00e9rieur un petit papier qui n'est plus tr\u00e8s propre, l'adjudant le parcourt et le tend au capitaine.\r\n\r\nDe la main de Richthofen, \u00e9crit au crayon, il y a une phrase : \"le 10. 3. 18. Si je ne reviens pas, l'Oberleutnant Reinhard (Jasta 6) doit prendre le commandement de l'escadrille. Frhr. v. Richthofen Rittm.\"\r\n\r\nC'est tout son testament et tout son h\u00e9ritage. Il ne concerne que son escadron. Un v\u00e9ritable h\u00e9ritage de soldat. Il ne contient rien qui concerne son existence personnelle. Il ne contient rien qui concerne ses soucis personnels, rien qui doive \u00eatre r\u00e9gl\u00e9 dans sa vie priv\u00e9e. Pas de regard en arri\u00e8re, vers la m\u00e8re, le p\u00e8re, les fr\u00e8res. Il n'y a rien \u00e0 r\u00e9gler dans sa vie priv\u00e9e. Il n'avait pas de vie priv\u00e9e. Sa vie appartenait \u00e0 la patrie, sans circonstances, sans r\u00e9serves, sans \u00e9gards. Sa vie appartenait \u00e0 l'escadron. Libre et sans aucune contrainte, il s'\u00e9levait \u00e0 chaque vol. Il avait veill\u00e9 \u00e0 ce que son escadron tombe entre de bonnes mains lorsque le sort l'avait frapp\u00e9. Et il n'avait pas besoin de plus d'attention.\r\n\r\nMais l'Oberleutnant Reinhard, devenu entre-temps capitaine, et l'Oberleutnant Bodenschatz ne peuvent pas s'imaginer que cette modeste note soit d\u00e9sormais valable. Het is gewoon niet mogelijk dat Manfred von Richthofen het slachtoffer is geworden van dezelfde genadeloze oorlogswet waaraan alle mannen die ten strijde trokken vroeg of laat bezweken. Er zijn uitzonderingen, bleven ze denken. En toch was hij een uitzondering. Hij die zo verwend was door de god van de strijd, zo gedecoreerd, zo beschermd, kan niet zomaar van het ene uur op het andere door diezelfde god van de strijd in de steek gelaten worden, verraden en verkocht. Hij moet nog ergens in leven zijn.\r\n\r\nCet espoir, auquel s'adonne non seulement l'escadron de chasse I, mais aussi toute l'arm\u00e9e allemande, trouve un nouvel aliment dans une \u00e9trange transmission radio ennemie qui a \u00e9t\u00e9 capt\u00e9e, mais soudain brouill\u00e9e. On pouvait entendre \u00e0 peu pr\u00e8s : \u00ab ...le c\u00e9l\u00e8bre pilote de chasse allemand Rittmeister von Richthofen a \u00e9t\u00e9 abattu pr\u00e8s de Corbie et, apr\u00e8s avoir atterri, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par les troupes australiennes... \u00bb. Le message radio s'interrompit ici.\r\n\r\nOn se trouvait devant une \u00e9nigme et on commen\u00e7ait \u00e0 se m\u00e9fier un peu. Pourquoi l'ennemi se taisait-il, pourquoi n'annon\u00e7ait-il pas imm\u00e9diatement au monde entier, ce dont il n'\u00e9tait pas g\u00ean\u00e9 dans d'autres cas, qu'il avait r\u00e9ussi un si grand coup ?\r\n\r\nL'ordre a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d'interroger en d\u00e9tail chaque Anglais captur\u00e9. Mais les aviateurs anglais faits prisonniers par les Allemands savaient seulement que le Rittmeister \u00e9tait mort, d'autres d\u00e9claraient qu'un aviateur allemand, dont le nom n'\u00e9tait pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9, avait \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 gravement bless\u00e9 \u00e0 l'h\u00f4pital d'Amiens. Dans de telles circonstances, tout espoir s'amenuise.\r\n\r\nDes rumeurs et des suppositions apparaissent, et ces rumeurs sont parfois am\u00e8res, certains disent m\u00eame que Richthofen a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par des soldats australiens\"."},"event-type-id":{"type":"numeric","raw":"10"},"source-id":{"type":"numeric","raw":"58"},"source-long-in-event":{"type":"textfield","raw":"Jagd in Flanderns Himmel, Karl Bodenschatz, Verlag Knorr & Hirth M\u00fcnchen, 1935"},"pagenumber":{"type":"textfield","raw":"80"},"airplane-id":{"type":"textfield","raw":""},"combat-id":{"type":"textfield","raw":""},"event-type":{"type":"select","raw":"10"},"source-language":{"type":"select","raw":"2"},"picture":{"type":"image","raw":["https:\/\/www.meettheredbaron.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/55-1.jpg"],"repeatable":[{"raw":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/55-1.jpg","attachment_id":8153}]}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/event\/13083","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/event"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/event"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13083"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13083"}],"wp:term":[{"taxonomy":"event-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/event-type?post=13083"},{"taxonomy":"source-language","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/source-language?post=13083"},{"taxonomy":"source-id-tax","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.meettheredbaron.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/source-id-tax?post=13083"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}